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ALAIN MICHEL, Historien de Yad Vachem et écrivain

COMMENTAIRE ÉDITORIAL

Si cet article, en date du 23 mai 2012, est reproduit aujourd’hui c’est que le sujet est revenu à la une avec la mobilisation de membres du CRIF pour exclure Alain Michel d’un récent salon du livre.
Et , effectivement, Alain michel a été exclu.
Je tiens à rappeler qu’à la sortie de ce livre nous avons largement condamné la thèse soutenue par Alain Michel.
Non pas par émotion, mais dans un débat contradictoire avec l’auteur.
A l’époque, le CRIF nous avait largement critiqué pour notre intolérance et notre refus du débat.
Ce qui est , absolument le contraire des valeurs que l’on défend.
Nous parlons avec tous, y compris, et surtout, avec ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord afin de mettre en lumière l’opposition de deux visions et de laisser l’auditeur se faire un choix et une opinion librement !
Comme vous pouvez le constater, alors le CRIF, dont le Président avait préfacé le livre, n’avait pas tari d’éloge sur la qualité de ce livre.
Tout en ne partageant pas les propos et les analyses ni d’Alain Michel, ni de Zemmour qui s’appuyait, d’ailleurs, sur la thèse d’Alain Michel, nous ne pouvons que nous étonner de la violence de la réaction du CRIF, aujourd’hui, tant sur Zemmour ( pendant la campagne électorale et depuis) que sur Alain Michel ( en le boycottant) !
Deux poids, deux mesures … pour la même personne et par ceux qui lui ont tressé une couronne de laurier !
C’est peut-être ça le “en même temps” du CRIF !
Il faut savoir s’adapter à son environnement , comme disait Edgare Faure !
Article de J.P ALLALI, Publié le 23 Mai 2012 sur le site du CRIF

Vichy et la Shoah – enquête sur le paradoxe français, par Alain Michel

En publiant cette enquête de plus de quatre cents pages, l’historien israélien Alain Michel a pris d’énormes risques.

On ne part pas sans danger contre la doxa dans un domaine aussi sensible que celui de l’attitude du gouvernement de Vichy à l’égard des Juifs et d’une manière générale la tragédie de la Shoah.

La doxa, c’est, par exemple, la vision jusqu’ici incontestée de Robert Paxton (La France de Vichy, 1940-1944) ou encore celle de Michaël Marrus (Vichy et les Juifs) et de Serge Klarsfeld.

Non sans un certain culot, un courage insensé même, Alain Michel propose aux lecteurs « d’abandonner une vision officielle et de se conformer aux faits et aux questions réelles, d’arrêter de se contenter d’un discours rassurant, mais qui occulte les vraies questions ». Et il assène : « L’histoire de la Shoah n’est pas achevée.

Le travail incessant de compréhension historique se précise et se révise grâce à de nouvelles archives ouvrant de nouvelles perspectives ». Pour appuyer encore plus cette thèse, il nous rappelle opportunément l’histoire incroyable de la pierre de Bat Creek. Dans les années 1880, des fouilles effectuées dans le Tennessee aux États-Unis permettent de mettre à jour des tombes précolombiennes datées, grâce au carbone 14, de la première moitié du premier millénaire de notre ère. Une inscription trouvée sur une pierre est, après des recherches, interprétée comme représentant des caractères cherokees. Telle fut, pendant des années, la doxa.

Jusqu’au jour où, dans les années soixante, le professeur Cyrus Gordon, après avoir examiné le texte, proposa de le lire de la droite vers la gauche. Dans ce sens, on voit apparaître, en proto-hébraïque, l’expression : « Pour les Juifs ».

Pour revenir au sujet qui nous intéresse, Alain Michel se penche souvent sur des chiffres. L’historiographie du camp de Majdanek près de Lublin, est, dit-il, un bon exemple. « Dans les années quatre-vingt, le nombre total de prisonniers passés par ce camp était à au moins 250 000 parmi lesquels 80 000 Juifs. On estimait même que plus de 300 000 personnes y avaient été assassinées. Plus de vingt ans plus tard, le bilan officiel, scientifique, s’établit à 78 000 victimes, dont 59 000 Juifs… »

Quant à Auschwitz, « le nombre des victimes a été revu à la baisse dès les années quatre-vingt ».

L’essentiel de l’ouvrage, cependant, ne tient pas à une querelle de chiffres. Sa thèse centrale est que si le régime de Vichy, incontestablement raciste et xénophobe, est condamnable sur le plan éthique, il n’empêche que Pétain, Laval, Bousquet et les autres ont, en choisissant de sacrifier les Juifs étrangers ou apatrides, permis, d’une certaine façon, de sauver bon nombre de Juifs français. Est-ce une circonstance atténuante ? L’auteur se garde bien de porter un jugement de valeur sur ce point.

En fin d’ouvrage, Alain Michel propose une étude sociologique intéressante sur les Justes.

Des graphiques, des tableaux chiffrés, des camemberts et des histogrammes illustrent l’ouvrage lui donnant un aspect quelque peu statistique.

Originaire de Tunisie, je me permettrais de relever une erreur dans cette étude. On peut y lire : « Il n’y a pas eu de déportations depuis l’Afrique du Nord, mais un nombre non négligeable de Juifs originaires de cette région, surtout d’Algérie, habitaient en France en 1940, et certains d’entre eux ont été arrêtés et déportés ». C’est faux ! La Tunisie a vécu six mois sous la botte et, bien que la déportation de personnes fut difficile, car elle nécessitait des transports maritimes ou aériens, on compte un certain nombre de déportés à partir de la Tunisie , tels les trois membres de la famille Scemla, Joseph, Jean et Gilbert, arrêtés par les Allemands le 10 mars 1943, déportés et assassinés à Halle en 1944 (2). Ou encore Élie Ankri, arrêté à Bizerte, déporté à Oranienbourg où il est mort, le docteur Joseph Dana lui aussi déporté à Oranienbourg qui décédera peu après la libération de ce camp, Édouard Dana, arrêté par les SOL ( Service d’Ordre de la Légion) à Tunis en 1942, déporté à Auschwitz puis transféré à Varsovie où il a été fusillé le 15 décembre 1943 et l’interprète Rousseau, alias Erwin Walter Rüheman, Juif allemand réfugié en Tunisie qui fut déporté à Auschwitz. Et d’autres encore. Certains, comme Émile Ankry, sont revenus des camps de la mort.

Au cimetière juif du Borgel à Tunis un monument à la mémoire des déportés de Tunisie et des morts au champ d’honneur a d’ailleurs été inauguré en avril 1948 par le Grand Rabbin Isaïe Schwartz.

Dans la préface de l’ouvrage qu’il signe, le président du CRIF, Richard Prasquier reconnaît qu’il a été surpris par la teneur du livre, mais qu’il a accepté, convaincu que la connaissance historique progresse par des remises en causes de paradigmes, de le présenter.

Et de conclure : « En tout cas, il nous oblige à une enrichissante réflexion ».

Un livre qui se veut objectif et qu’il convient de lire avec minutie pour se faire une opinion.

Jean-Pierre Allali

(1) Éditions CLD. Préface de Richard Prasquier. Mars 2012. 408 pages. 25 euros
(2) Lire le témoignage de Frédéric Gasquet, fils de Gilbert Scemla : « La lettre de mon père. Une famille de Tunis dans l’enfer nazi ». Éditions Le Félin, 2006
Source
http://www.crif.org/fr/alireavoiraecouter/vichy-et-la-shoah-enqu%C3%AAte-sur-le-paradoxe-fran%C3%A7ais-par-alain-michel-1/31283

La page a été effacée très récemment du site du CRIF

Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.
Né à Tunis en 1939, Jean-Pierre Allali est un universitaire, un journaliste et un écrivain.
Professeur de mathématiques, il a notamment enseigné à l’université Paris I avant d’entreprendre une carrière de journaliste. Il a été le rédacteur en chef de « La Terre Retrouvée » puis de « Tribune Juive » et collabore toujours à plusieurs médias dont le JAMIF ( Journal de l’Association des Médecins Israélites de France), Les Cahiers Bernard Lazare , Tribu 12 et Lev Ha’ir.
Jean-Pierre Allali est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages essentiellement consacrés au judaïsme et à l’antisémitisme, dont les derniers s’intitulent « Les Juifs de Tunisie sous la botte allemande » (Éditions Glyphe, 2014) et « Les douze pierres de Quba » (Éditions Glyphe, 2015). Parmi ces ouvrages, l’un a été écrit en collaboration avec Shimon Peres : « Un temps pour la guerre, un temps pour la paix » ( Éditions Robert Laffont, 2003).
Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

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