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Une américaine porte un chapeau «Latinos pour Trump» à la Foire et exposition du comté de Miami-Dade, le 6 novembre, à Miami (Floride). EVA MARIE UZCATEGUI/AFP
REPORTAGE – Dans le «Sunshine State», les républicains ont séduit les électeurs hispaniques. Source:© Midterms: Miami et la Floride virent à droite toute

Pour Maria Elvira Salazar et les républicains de Miami, l’aventure a commencé dans une modeste officine de la 36e Rue du quartier de Doral, coincée entre un tabac, une crèche et un restaurant chinois. Avec ses drapeaux aux couleurs de l’Amérique latine, meublé de chaises rouges, le centre communautaire du Comité national républicain (RNC) inaugurait un programme inédit, jugé très prometteur par cette élégante congresswoman de 60 ans, fille d’exilés cubains: une formation civique accélérée pour permettre aux candidats de passer l’examen indispensable à l’obtention de la nationalité américaine. Le tout supervisé par le Parti républicain, dans ce coin de Miami où 73 % des électeurs sont hispaniques, un record.

Ce vivier d’électeurs votait jusqu’ici très majoritairement démocrate, faisant du comté de Miami-Dade une «tache bleue» si dense démographiquement, avec ses 2,7 millions d’habitants, qu’il pouvait à lui tout seul renverser une élection en Floride.

Cette époque est aujourd’hui révolue. À Miami, comme ailleurs en Floride, voire au Texas ou dans le Nevada, les Latinos lâchent les démocrates, fatigués d’être tenus pour argent comptant. Et les républicains s’apprêtent à recueillir les fruits de leur spectaculaire progression, le 8 novembre prochain, lors des élections parlementaires de mi-mandat («midterms»).

Tout s’est joué en une petite décennie. Ainsi que le note Scott Powers, du site Florida Politics, en 2012 les démocrates disposaient de 558.772 électeurs inscrits de plus que les républicains sur l’ensemble de la Floride. Dix ans plus tard, cet avantage numérique a fondu comme neige au soleil, avant de s’inverser. Sur 14,5 millions d’électeurs, les républicains disposent d’une confortable avance de 305.590 inscrits. L’afflux de retraités bénéficie au GOP, mais il n’explique pas tout, en particulier à Miami.

Vives dissensions au sein du Parti démocrate local

Non seulement les républicains sont aujourd’hui plus nombreux, leurs rangs gonflés par plusieurs vagues d’immigration latino, mais ces électeurs sont plus enclins à se rendre aux urnes. Certains thèmes ont touché une corde sensible: les restrictions à l’avortement, favorablement accueillies depuis la décision «Dobbs vs. Jackson» de la Cour suprême le 24 juin dernier, et la dénonciation des démocrates, ces «socialistes» américains présumés qui n’auraient rien à envier à ceux de Cuba, de Colombie, du Venezuela ou du Nicaragua.

L’ampleur de la débâcle à venir pour les démocrates est une évidence à l’échelle de la Floride, qui passe du bleu (démocrate) au mauve (indécis) dans les infographies des médias. Le vote anticipé a livré ses conclusions. Au 31 octobre, 2,66 millions de personnes avaient déjà voté, que ce soit dans les urnes ou par correspondance. Pour la première fois, les républicains passent en tête, avant même le scrutin, avec 86.000 bulletins de plus que leurs adversaires. Pour la première fois depuis deux décennies, un gouverneur républicain actuel, en l’occurrence Ron DeSantis, devrait s’y imposer, alors qu’il avait perdu de plus de 20 points en 2018.

De vives dissensions agitent le Parti démocrate local, dont le secrétaire général Manny Diaz est sur la sellette. Cet ancien maire de Miami avait pris les commandes en 2020, après les mauvais scores de Joe Biden à la présidentielle (47,8 % contre 51,2 % pour Trump), jurant de rétablir l’emprise des démocrates sur le Sunshine State. L’échec est patent. Diaz a échoué à mobiliser les ressources et à verrouiller le soutien du comité national démocrate (DNC), laissant d’innombrables officines de terrain sans un sou face au rouleau compresseur républicain. Au cœur de l’agglomération des Villages, près d’Orlando, réservée aux retraités se déplaçant en voiturettes de golf, les rares militants démocrates encore actifs redoutent de perdre toute visibilité.

Promesses non tenues

Ils ne sont pas les seuls. L’électorat noir se lamente que les candidats afro-américains souffrent eux aussi de désaffection, à l’instar de Val Demings, une ancienne policière d’Orlando, mal en point face au sénateur républicain sortant, Marco Rubio, très en avance dans les sondages.

Face aux Latinos, d’autres promesses n’ont pas été tenues par la gauche: porte-à-porte négligé faute de combattants et de budget, médias hispanophones «oubliés». Résultat, sur 2,5 millions d’électeurs hispaniques recensés en 2018 dans toute la Floride, l’avantage de 27 % détenu par le camp démocrate fond comme neige au soleil. Plus aucun élu de gauche n’y a d’ailleurs remporté de scrutin important depuis quatre ans.

Nous sommes opposés à toute hausse des impôts, quand les gens souffrent et les risques de récession existent

Rene Garcia, président local du GOP

Ce basculement historique à droite ne va cependant pas sans heurts. La branche locale du GOP conseille à ses sympathisants de voter «non» à un projet de hausse des impôts fonciers, ajouté sur le bulletin de vote du 8 novembre, en vue de revaloriser les salaires des enseignants et de renforcer la protection des écoles. Le hic est que le gouverneur républicain Ron DeSantis, lui-même, promeut de telles mesures. Si la mesure était adoptée, elle permettrait d’allouer 400 millions de dollars aux salaires des professeurs de Miami. «Nous sommes opposés à toute hausse des impôts, quand les gens souffrent et les risques de récession existent», rétorque Rene Garcia, président local du GOP, gêné aux entournures.

Un autre écueil guette les nouveaux électeurs du GOP en Floride du Sud: l’enthousiasme très modéré de certains républicains à accueillir des immigrants, ou fils d’immigrants, dans le parti. Après la défaite de Mitt Romney à la présidentielle de 2012, une feuille de route dressée en interne appelait à un tel effort, et à une ouverture plus grande aux minorités. Évidemment, pour Maria Elvira Salazar, la déportation d’immigrants vénézuéliens ordonnée par le gouverneur DeSantis en septembre vers l’île de Martha’s Vineyard (Massachusetts, Nord-Est), repaire de grandes familles démocrates telles que les Kennedy et les Obama, fait tache. Plutôt que de critiquer son parti, Salazar botte en touche: «Je vais devenir la voix la plus audible au sein de mon parti et auprès des démocrates pour dire qu’il est grand temps de prêter attention aux “bruns”, aux Latinos, aux Hispaniques, la plus forte minorité du pays».

 

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