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CHRONIQUE – Devant un RN qui semble structurellement condamné à l’opposition, la droite peut retrouver sa chance.

Peut-on réfléchir à l’avenir de la droite au moment où elle semble entrer dans une phase nouvelle de décomposition? Ses leaders ont beau répéter le mot «refondation», dans les faits, ils sont animés par la logique du sauve-qui-peut, qu’ils maquillent par de vagues références doctrinales quelque peu datées. Ainsi en est-il de l’appel au rassemblement de la «droite et du centre», quelque peu anachronique dans un monde où le clivage gauche-droite semble se brouiller comme jamais, au point où on peine à préciser ses critères constitutifs. Que veut dire, aujourd’hui, sérieusement, l’ouverture au centre?

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Mais cet appel a surtout pour fonction de marquer une rupture avec un parti qui se serait laissé entraîner dans le piège de la «droitisation». On donne ainsi des gages au système médiatique, qui demeure maître des étiquetages, en promettant de ne plus sortir de l’espace où la droite est assignée et tolérée.

La droite se sent coupable: elle a provoqué le système et jure qu’on ne l’y prendra plus. La mode est au procès du conservatisme. Rien de nouveau sous le soleil. De la dénonciation de Patrick Buisson, en 2012, à Sens commun, en 2017, à la philosophie politique de Bellamy, aujourd’hui, c’est toujours la même chose: si la droite perd, c’est parce qu’elle aurait voulu s’affranchir du périmètre gestionnaire où le système politico-médiatique la confine.

Certains font du zèle en demandant furieusement pourquoi Les Républicains «empruntaient les thèmes du Rassemblement national». C’est une manière comme une autre de dire que la droite devrait cesser de critiquer l’immigration massive et le régime diversitaire. Pour faire bonne figure sous le signe d’un équilibrisme artificiel, ils dénonceront les communautarismes chrétien et musulman. On condamne le premier, dont l’existence est tout sauf démontrée, pour relativiser le second et s’accorder un certificat de tolérance mondaine. On assimile au même moment le patriotisme français à un communautarisme parmi d’autres. Mais ce n’est pas la laïcité qu’on vante ainsi. C’est un multiculturalisme qui ne dit pas son nom.

Ce fantasme localiste ne saurait pour autant faire disparaître cette évidence : en tant que grand parti national, la droite peine à trouver sa place.

Certains rêvent d’un grand parti néo-chiraquien qui ne serait ni un satellite de LREM, ni une annexe bourgeoise du RN. Et puisqu’on ne trouve pas vraiment sur la scène nationale l’espace pour l’inscrire, on annonce sa renaissance à partir des «territoires», nouveaux lieux mythiques porteurs apparemment d’une légitimité supérieure. Cela donnerait peut-être même la chance à la droite d’embrasser la France périphérique. Ce fantasme localiste ne saurait pour autant faire disparaître cette évidence: en tant que grand parti national, la droite peine à trouver sa place.

La recomposition politique en cours a sa propre logique. Le macronisme s’impose ici à la manière d’un grand parti progressiste, avec une aile «avancée», attachée aux progrès sociétaux, et une aile libérale, qui entend mener des réformes décrétées nécessaires à la modernisation économique de la France. Pour certains observateurs, ce libéralisme économique revendiqué suffit pour en faire un parti de droite, comme si la complaisance du parti présidentiel pour le multiculturalisme ou l’immigration massive était un détail sans conséquences. Ne nous laissons pas bluffer.

On ne marie pas contre leur volonté un parti de notables et un parti d’insurgés encore attaché à la fonction tribunicienne qu’il a longtemps occupée.

Théoriquement, dans un système à logique bipartite, il faudrait, devant LREM, un grand parti de droite à la fois conservateur et «populiste», dont l’émergence semble encore durablement entravée par l’écartèlement des droites entre ce qui reste des Républicains et le RN. On aurait tort, toutefois, de croire que la fameuse union des droites serait la réponse à cette crise. On ne marie pas contre leur volonté un parti de notables et un parti d’insurgés encore attaché à la fonction tribunicienne qu’il a longtemps occupée. Les imaginaires politiques sont trop contrastés et le système politique français ne pousse pas à une culture de la négociation entre partis devant éviter de s’excommunier mutuellement pour un jour coopérer.

Cela ne veut pas dire toutefois qu’il ne faudra pas parvenir à rassembler ces électeurs que le gaullisme autrefois savait réunir. Devant un RN qui semble structurellement condamné à l’opposition, la droite peut retrouver sa chance. Elle ne parviendra, toutefois, à rien si elle propose pas une forme de néo-bonapartisme s’incarnant aujourd’hui à la manière d’un souverainisme conservateur, identitaire, social et populaire. Mais le bonapartisme comme le gaullisme ne sont rien sans un chef pour les incarner et transcender les tensions idéologiques et sociologiques qui les tiraillent. Or on ne décrète pas, hélas, le surgissement de l’homme providentiel. Il se peut que la droite, dans les années à venir, doive prendre son mal en patience.


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Mathieu Bock-Côté

Source:© Mathieu Bock-Côté : «La droite peut-elle se relever de ses ruines ?» 

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