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ENQUÊTE – Le président et l’ex-chef de l’État s’épargnent mutuellement en public et se parlent régulièrement en privé.

«Sarkozy, c’est comme Johnny! C’est une star», s’amuse Matignon. Voir Sarkozy, c’est comme aller voir «la tour Eiffel», selon l’expression même de l’intéressé. Car l’ancien président fait désormais partie des circuits obligés de tout responsable politique, qu’il soit membre des Républicains ou d’En marche!. Jusqu’au sommet de l’État.

Comme l’avait raconté Le Figaro, Emmanuel Macron avait mis un point d’honneur à recevoir Nicolas Sarkozy et son épouse à l’Élysée dès juillet 2017, trois mois seulement après avoir été élu. Manière de faire le contraire de François Hollande, qui n’avait même pas cru bon de raccompagner son prédécesseur sur le perron du Palais cinq ans plus tôt. Une grossièreté que l’ancien président n’a jamais digérée. Un manque de courtoisie républicaine que le secrétaire général adjoint de l’Élysée – un certain Emmanuel Macron – avait pu observer de près. Pas question, donc, de reproduire cette erreur.

«Dès le début, il a été très habile en montrant de la considération pour Nicolas Sarkozy. Il s’est senti flatté», reconnaît un intime de l’ancien président. Coup de fil après le décès d’Andrée Sarkozy, sa mère qu’il aimait tant ; convoi policier pour le cortège funéraire ; messages passés aux préfets pour recevoir avec les honneurs l’ancien président en cas de déplacement sur le territoire ; mots diffusés aux ambassades à l’étranger pour faciliter ses déplacements… Tout est fait pour soigner Nicolas Sarkozy. Jusqu’à l’envoyer représenter la France en Géorgie pour la cérémonie d’investiture de la nouvelle présidente la semaine dernière.

«Nicolas Sarkozy ne servait plus à rien sous François Hollande. Là, il se sent utile et il a le sentiment d’exister»

«Lui, au moins, il est bien élevé», a glissé plusieurs fois Nicolas Sarkozy en évoquant Emmanuel Macron. Comme pour mieux souligner que François Hollande ne l’était pas. «Nicolas Sarkozy ne servait plus à rien sous François Hollande. Là, il se sent utile et il a le sentiment d’exister», glisse un proche conseiller d’Emmanuel Macron.

Et pour cause, chaque interlocuteur macroniste de Nicolas Sarkozy se plie en quatre pour soigner son accueil. Cela a été le cas de Gérard Collomb, qui, six mois après avoir été nommé ministre de l’Intérieur, a tenu à recevoir son lointain prédécesseur à Beauvau pour un repas en tête à tête. Ou de Richard Ferrand. Le président de l’Assemblée nationale a déroulé le tapis rouge et posté deux gardes républicains à l’entrée de l’hôtel de Lassay pour déjeuner avec l’ancien chef de l’État la semaine dernière. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et le numéro 2 de La République en marche, Pierre Person, espèrent quant à eux voir l’ancien président en 2019.

Mais Nicolas Sarkozy n’est pas toujours l’hôte des agapes: il lui arrive aussi de recevoir. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, ou encore le premier questeur de l’Assemblée nationale, Florian Bachelier, ont été conviés à la table de l’ancien président, rue de Miromesnil à Paris. La plupart du temps, ces rendez-vous s’improvisent au détour d’une discussion, souvent en marge de cérémonies officielles – la finale de la Coupe de France 2017 pour Benjamin Griveaux, le centenaire de l’armistice du 11 Novembre pour Richard Ferrand…

«Qu’est-ce qu’on se marre quand on est avec lui! Nicolas Sarkozy est extrêmement drôle. Surtout quand il dit des vacheries sur la terre entière», lâche l’un des heureux convives, tombé sous le charme du personnage. Quand il laisse la politique de côté, Nicolas Sarkozy parle de foot. Et surtout du Paris Saint-Germain, le club qu’il supporte depuis toujours. «Je vous invite au Parc des Princes si vous voulez», lui arrive-t-il même de proposer, quand il a apprécié la rencontre.

«Nicolas Sarkozy ne parle pas souvent, mais il est assez écouté et entendu quand il le fait»

«Emmanuel Macron et lui ont tous les deux une capacité de séduction inégalable», abonde un proche de l’actuel président. «Ils se ressemblent… Dans les défauts comme dans les qualités. Ils ont la même énergie, la même pugnacité et la même volonté de lutter contre le système. Mais ils ont aussi le même empressement et le même entêtement», détaille un historique de la campagne d’Emmanuel Macron.

«Je crois qu’il y a un respect qui se teinte d’une certaine admiration pour l’élection d’Emmanuel Macron, qui a bousculé l’ordre et a fait perdre François Hollande», résume de son côté un sarkozyste pour expliquer le rapprochement entre les deux hommes. «Nicolas Sarkozy ne parle pas souvent, mais il est assez écouté et entendu quand il le fait. Or il ne s’est jamais exprimé pour abîmer la politique du président. C’est une neutralité bienveillante qui nous convient assez bien», admet un proche d’Emmanuel Macron. De quoi d’ailleurs susciter l’interrogation des militants LR, voire l’agacement de certains élus de droite…

Les deux présidents, qui s’épargnent en public, se parlent régulièrement en privé. Ils ont d’ailleurs discrètement déjeuné en tête à tête à l’Élysée au début du mois de décembre, alors que la crise des «gilets jaunes» venait d’atteindre un pic de violence. C’était le 7 décembre.

Ensemble, ils abordent la question du maintien de l’ordre public – une inquiétude de l’ancien chef de l’État – et le retour aux heures défiscalisées -, une des mesures phares de son quinquennat, dont Emmanuel Macron annoncera le rétablissement quelques jours plus tard…

Les deux hommes évoquent aussi la question européenne. Pour Nicolas Sarkozy, le clivage dessiné par Emmanuel Macron en Europe n’est pas le plus pertinent. «Il n’y a pas des populistes d’un côté et des gens raisonnables de l’autre», juge-t-il. «Les gens veulent une autre Europe, il faut l’entendre», indique encore Nicolas Sarkozy. «J’ai proposé au président Macron, et j’espère le convaincre, de mettre sur la table un nouveau traité européen», explique-t-il la semaine dernière, lors d’une conférence à Montpellier.

Malgré cette proximité, Nicolas Sarkozy ne revendique pas pour autant un rôle de conseiller d’Emmanuel Macron

Malgré cette proximité, Nicolas Sarkozy ne revendique pas pour autant un rôle de conseiller d’Emmanuel Macron. Ni même de visiteur du soir… Il serait plutôt un «parrain», selon son épouse. «Le nouveau gouvernement et le nouveau président sont proches de mon mari, ils lui demandent des conseils comme on le fait à des parrains», avait déclaré dès novembre 2017 Carla Bruni-Sarkozy dans une interview au Corriere della Sera. «Pour Macron, c’est assez génial d’avoir un président qui a vécu des choses difficiles et avec qui il peut échanger», confie un ministre. «C’est un peu un retour d’expérience. Et Nicolas Sarkozy est très correct. Bien plus que François Hollande», ajoute-t-il.

Face à la crise des «gilets jaunes», le regard de l’ancien président a d’ailleurs été apprécié par ses interlocuteurs du «nouveau monde». «Il souligne qu’il faut prendre en compte l’avis des Français avant d’appliquer certaines mesures», explique l’un d’entre eux.

Pour étayer son propos, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à revenir sur le plan de relance de 25 milliards d’euros, qu’il a défendu «contre vents et marées et contre les esprits orthodoxes» en 2008, ainsi que sur la réforme des retraites, qu’il a refusé de durcir malgré les exigences de «François Fillon qui voulait aller plus loin». Une sorte de «en même temps» avant l’heure. «Il estime qu’il faut de l’audace et que la politique doit imposer ses vues, mais toujours dans la limite de “l’acceptabilité sociale”», selon son expression.

Depuis le départ, Nicolas Sarkozy scrute en «observateur attentif» la «grande inconnue» que son jeune successeur incarne. «Un président devrait dormir», répète souvent Nicolas Sarkozy en s’étonnant du fonctionnement d’Emmanuel Macron et des SMS envoyés à toute heure. Ces derniers mois, son inquiétude a grandi. «Il ne s’adresse qu’à la France qui gagne, pas à celle qui perd», expliquait l’ex-chef de l’État en petit comité, marqué par la «déconnexion» du président.

Derrière les bonnes manières et les échanges d’amabilités, les deux présidents trouvent chacun leur intérêt dans cette relation spéciale

Au début du quinquennat, Nicolas Sarkozy lui laissait pourtant le bénéfice du doute. «Ça ne peut pas marcher… Mais si ça marche, c’est un génie et il faudra s’incliner», affirmait-il. Ces derniers mois, la tonalité s’est faite tout autre: «Tout ça va mal finir.»

À ses yeux, Emmanuel Macron est trop seul. «C’est qui son entourage?», interroge-t-il souvent. À l’exception du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, avec qui il s’entend bien, il n’identifie aucun des autres conseillers. Il est d’ailleurs frappé qu’Emmanuel Macron soit «entouré de gens inexpérimentés».

Derrière les bonnes manières et les échanges d’amabilités, les deux présidents trouvent chacun leur intérêt dans cette relation spéciale qu’ils entretiennent. Pour Emmanuel Macron, la démarche est extrêmement politique.

Depuis la campagne présidentielle, le fondateur d’En marche! n’a qu’une seule obsession: fracturer le paysage politique et affaiblir encore un peu plus la droite. «Nicolas Sarkozy est une condition sine qua non de la non-reconstruction de la droite. Son ombre tutélaire persistante empêche la réorganisation des Républicains. Si Laurent Wauquiez ne parvient pas à s’imposer, c’est parce que Nicolas Sarkozy reste présent et apparaît comme une hypothèse permanente. En cela, il est un allié de circonstance pour nous», se réjouit un membre du premier cercle d’Emmanuel Macron.

Malin plaisir

C’est d’ailleurs cette stratégie qui a conduit l’exécutif à tenter de débaucher – en vain – le très sarkozyste Frédéric Péchenard pour intégrer le ministère de l’Intérieur lors du dernier remaniement.

S’il assure de son côté n’avoir «aucune envie» de revenir, l’ancien chef de l’État voit dans la situation actuelle l’occasion de reprendre une place centrale dans la vie politique française, avec des soutiens aux LR comme à En marche!. «Ça l’amuse que ceux qui n’avaient que mépris pour l’ancien monde aillent à Canossa, décrypte un très proche. Il y prend un malin plaisir. C’est une revanche. En creux, le soutien à Emmanuel Macron, c’est aussi une démonstration que c’est un amateur.» Car Nicolas Sarkozy a toujours considéré que «la politique, (c’était) un métier» et que «l’expérience ne nuit pas». Manière de souligner en creux la sienne. Si jamais…

«Ils me disent tous: “On veut faire comme vous”», s’amuse Nicolas Sarkozy en évoquant les macronistes qui le croisent lors des cérémonies officielles. Manifestement pas mécontent d’être à la croisée des chemins entre l’«ancien monde» et le «nouveau».


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Arthur Berdah

Journaliste

Marion Mourgue

Journaliste – Grand reporter au service politique du Figaro en charge du suivi de la droite

Source : ©Macron-Sarkozy : les coulisses d’une relation bienveillante

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