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De 2018 à 2020, Paris était classée ville la plus chère du monde selon le baromètre d’un institut d’études britannique reconnu. Adobe Stock.
ENQUÊTE – Dans une ville déjà très chère, l’annonce d’Anne Hidalgo sur l’augmentation de la taxe foncière a mis le feu aux poudres. Alors même que les conditions de vie se dégradent, les factures ne cessent d’augmenter.
Source: ©Logement, taxes… Le ras-le-bol des Parisiens face à l’explosion «irrationnelle» du coût de la vie dans la capitale

ENQUÊTE – Dans une ville déjà très chère, l’annonce d’Anne Hidalgo sur l’augmentation de la taxe foncière a mis le feu aux poudres. Alors même que les conditions de vie se dégradent, les factures ne cessent d’augmenter.

«Ras-le-bol !» Une semaine après la décision d’Anne Hidalgo d’augmenter de 52% la taxe foncière à Paris l’année prochaine, les Parisiens ne cachent pas leur accablement. «C’est une petite goutte d’eau, mais qui vient remplir un vase déjà très, très plein», fulmine Catherine, habitante du 4e arrondissement parisien. La gérante d’une galerie d’art dans le quartier ne décolère pas. «J’habite Paris depuis toujours et je vois le coût de la vie augmenter, augmenter encore, jusqu’à atteindre des sommets», estime-t-elle. Une hausse en miroir, selon Catherine, d’une chute de la qualité de vie dans la capitale. Dans son viseur : la propreté et la sécurité, devenues «catastrophiques». Si ses activités professionnelles ne la contraignaient pas à rester dans le cœur de Paris, elle confie sans ambages qu’elle aurait déjà emménagé plus loin, citant Le Vésinet, Montesson ou Rueil-Malmaison.

 

«Le coût de la vie atteint des proportions affolantes à Paris, c’est complètement irrationnel», corrobore Marie*, tout juste 34 ans et enceinte d’un second enfant. En 2020, la jeune mère originaire de Toulouse a acheté avec son mari un appartement de 67 mdans le 17e arrondissement de Paris, à portée de poussette du parc Monceau – «idéal pour le petit», précise-t-elle. Coût de l’opération : 840.000 euros. Le couple rembourse chaque mois une dette contractée sur 20 ans grâce à leurs généreux salaires qui atteignent en cumulé une dizaine de milliers d’euros. «Malgré tout, nous gérons notre budget au cordeau et dépensons sans démesure», insiste la directrice de clientèle dans l’évènementiel, qui reconnaît faire pourtant partie des «privilégiés».

Un «salaire de ministre» pour devenir propriétaire

L’histoire de ce jeune couple reflète bien la dure réalité de la vie à Paris, où même un salaire élevé n’assure pas de pouvoir vivre confortablement. Les augmentations récentes – qu’il s’agisse de l’inflation générale, qui touche des services déjà plus chers dans la capitale qu’ailleurs, les loyers déjà exhorbitants ou les taxes enfoncent le clou, poussant certains à partir.

Premier poste de dépense pour les ménages, l’immobilier parisien devient de moins en moins accessible, selon les professionnels aux avant-postes. «Aujourd’hui, si vous ne mettez pas sur la table un apport conséquent, il faut gagner un salaire de ministre pour devenir propriétaire d’un appartement d’une taille raisonnable à Paris», regrette Michel Platero, président de la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM) du Grand Paris. En résumé, pas d’accession à la propriété à moins de disposer d’un excellent salaire ou d’une généreuse rente.

Et le problème du coût du logement n’est pas différent pour les locataires, qui représentent les deux tiers de la population parisienne. Michel Platero indique qu’il faut compter en moyenne une trentaine d’euros par mètre carré et par mois pour louer un appartement à Paris. Soit 1500 euros de loyer mensuel en moyenne pour habiter dans 50 m2. Malgré ce prix élevé, «les locations s’écoulent en une journée à peine».

Le budget consacré au logement peut varier du simple au double selon que la maison ou l’appartement se situent à Paris ou ailleurs en France. «Le budget logement moyen se situe aux alentours de 21% des revenus dans le pays, tandis qu’à Paris, la proportion peut vite dépasser les 45%, surtout pour les locataires», note Robin Rivaton, auteur d’un récent rapport à retentissement, intitulé «Le logement, bombe sociale à venir». Pourtant, le spécialiste de l’immobilier ne s’étonne pas des prix pratiqués à Paris. «Le phénomène n’est pas propre à la capitale française. La concurrence avec les autres usages (bureaux, commerce, hôtellerie) et l’intérêt des acheteurs étrangers tirent les prix vers le haut dans toutes les métropoles mondiales», analyse l’ancien conseiller de Valérie Pécresse. L’immobilier à Paris reste nettement moins cher qu’à Londres, New York ou Hongkong. Et la taxe foncière en hausse n’y changera rien. «Cette mesure a davantage d’implications symboliques que financières. Les montants restent assez marginaux au vu des revenus des propriétaires parisiens», analyse Robin Rivaton.

 

Sélection naturelle

Au-delà de la composante logement, qui pèse très lourd, les autres postes de dépense affichent une facture plus élevée à Paris qu’ailleurs en France. Une étude de l’Insee le mettait en évidence il y a quelques années. Le coût de la santé ? Supérieur de 6,5% à Paris par rapport au reste de la France. Loisirs et culture ? + 6,6%. Cafés et restaurants ? + 5,4%. Transports du quotidien ? + 6,9%. Etc., etc. Symptôme de cette cherté du quotidien, le nombre d’ouvriers a fondu de moitié en cinquante ans dans la région Île-de-France, où ils sont par ailleurs mieux payés qu’ailleurs – 1823 euros en moyenne par mois en équivalent temps plein. À Paris intra-muros, les ouvriers ne représentent que 13% de la population et seulement 4% dans les premiers arrondissements, selon l’Insee.

Comparativement au coût de la vie dans les autres grandes villes du monde, Paris ne se situe pas en pied de tableau non plus, bien au contraire. Entre 2018 et 2020, la capitale française a même occupé la première place de l’enquête mondiale sur le coût de la vie réalisé chaque année par The Economist Intelligence Unit, un institut d’études adossé au journal britannique The Economist. Dans la dernière édition du baromètre, Paris est toutefois redescendue à la trentième place sur 133, en raison principalement de la dévaluation de l’euro face au dollar. Selon le site Numbeo qui documente le coût de la vie dans plus de 11.000 villes à travers le monde, une personne seule doit ajouter pas loin de 1000 euros chaque mois à son budget alloué au logement pour vivre à Paris. Pour une famille de quatre personnes, le montant grimpe à 3500 euros.

Dans ce contexte, une sorte de sélection naturelle s’opère. Les familles, qui doivent assumer des coûts plus importants, finissent par franchir le seuil du périphérique et laisser derrière eux la vie parisienne pour la banlieue. Un phénomène qui a toujours existé mais semble se massifier ces dernières années. Avec pour conséquence des fermetures de classe dans les écoles parisiennes, voire, a-t-on appris récemment, la fermeture de lycées entiers – une dizaine d’ici à 2024. Plus globalement, la sociologie parisienne porte les stigmates de cette vie chère. «Un peu plus de 30% des ménages parisiens font partie des 10% les plus riches du pays», observe Mustafa Touahir, directeur adjoint de l’Insee Île-de-France. Au milieu des très riches et des classes les plus pauvres, qui restent installées à Paris grâce aux faibles loyers des nombreux logements sociaux, la classe moyenne a quasiment disparu de la capitale.

Vers davantage d’«entassement»

En décembre 2020, Emmanuel Macron reconnaissait qu’il faut en effet gagner un salaire élevé pour mener une vie confortable à Paris. «Quand je regarde le coût d’un loyer, c’est assez dur de bien vivre en dessous de 3000 euros par mois à Paris si on est honnête», confiait le président au média en ligne Brut. Le coût s’ajoutant à la dégradation du cadre de vie, constatée par de nombreux observateurs, beaucoup de Parisiens songent à partir. Graciane, qui n’a jamais habité ailleurs qu’à Paris, réfléchit par exemple à s’installer à l’étranger. «C’est normal qu’habiter à Paris coûte plus cher qu’ailleurs en France, mais on se demande où va l’argent de nos impôts locaux qu’Anne Hidalgo a unilatéralement décidé d’augmenter», interpelle-t-elle, après s’être indigné elle aussi de «l’insécurité» et de la «saleté» croissante de la capitale.

Le site Paris, je te quitte, qui aide les Parisiens à s’installer en région, enregistre de plus en plus de demandes ces deniers mois. «Nous accompagnons beaucoup de cadres et de CSP+ qui sont déjà propriétaires d’un 60 m2 dans Paris mais qui veulent habiter dans un logement plus grand et ne peuvent pas se l’offrir», indique Kelly Simon, fondatrice du site spécialisé. Pas d’exode des Parisiens pour autant, constate Robin Rivaton, qui considère ces départs comme un «épiphénomène». «L’attractivité du territoire francilien est durable, ne serait-ce que sur le plan de l’emploi, grâce à un marché du travail beaucoup plus profond qu’ailleurs en France», défend-il. Selon ce spécialiste du secteur immobilier, la conjoncture est davantage à «l’entassement» qu’à la délocalisation pour réduire la facture. «Paris est une ville dense, mais d’autres métropoles mondiales le sont encore davantage : c’est la pente sur laquelle est durablement engagée la capitale», présage Robin Rivaton, qui croit notamment à l’inflation du phénomène de colocation, avec des Parisiens qui privilégieront cette option jusque très tard dans leur vie, même en couple.

 

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