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«Président après président, la déliquescence du pays est croissante», estime le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez (ici, en 2021). François BOUCHON/Le Figaro
EXCLUSIF – Le président d’Auvergne-Rhône-Alpes, impitoyable sur le bilan d’Emmanuel Macron, annonce qu’il soutient Éric Ciotti pour la présidence des Républicains.
Source:©Les confidences de Laurent Wauquiez, qui prépare déjà 2027

EXCLUSIF – Le président d’Auvergne-Rhône-Alpes, impitoyable sur le bilan d’Emmanuel Macron, annonce qu’il soutient Éric Ciotti pour la présidence des Républicains.

En plein tumulte à l’Assemblée et dans la rue, alors que les députés guettent l’imminence du 49-3 pour l’adoption du budget, Laurent Wauquiez se tient à distance. À quelques pas de là, dans une brasserie, le président de région rencontre Le Figaro… autour d’un café. Le rendez-vous a été pris avant la publication de l’article de Mediapart, «Les fastueux dîners de Laurent Wauquiez aux frais de la région» , sorti la semaine dernière. Face à cette affaire, Laurent Wauquiez entend «rester très zen» convaincu que l’histoire finira par mourir de sa belle mort. «Quand on essaye de proposer quelque chose, on gêne», se contente-t-il de répondre sans nommer ceux qui chercheraient à lui nuire. L’opposition locale? Ses amis LR? Il refusera d’en dire plus. «Je n’ai aucun autre commentaire à faire», esquive-t-il.

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui ne cache plus ses ambitions pour 2027 se montre plus prolixe sur l’état de la France, ce «sentiment de dégringolade du pays» qu’il observe quotidiennement, «cette décadence qui saute à la figure». «Quelque chose s’est rompu», juge-t-il en pointant «un décrochage historique»«C’est une fin de partie. C’est très flaubertien», analyse-t-il. Laurent Wauquiez en veut pour preuve une succession d’exemples qu’il énumère: des universités qui ne peuvent plus faire cours faute de pouvoir payer les factures d’électricité, des piscines municipales qui n’ouvrent plus devant la flambée des prix du chauffage, des services d’urgence qui ferment par manque de médecins, le recours aux pompiers roumains cet été pour éteindre les incendies… français, «les petites annonces de l’Éducation nationale pour trouver des profs ou encore l’état de la police».

Pour lui, bien au-delà du quinquennat d’Emmanuel Macron, s’installerait cette idée que «président après président, la déliquescence du pays est croissante»«Ce choc-là est d’autant plus grand qu’on est dans un pays qui a toujours pensé que, certes, il payait beaucoup d’impôts, mais qu’au moins il y avait des services publics qui fonctionnaient. Mais les services publics ne marchent plus!», relève-t-il. Le tout conjugué, selon lui, à «un climat géopolitique inquiétant et à la montée de la barbarie à l’intérieur du pays». Une allusion à la mort terrible de la petite Lola.

Trois «nœuds gordiens» identifiés

Pour Laurent Wauquiez, nous serions donc arrivés au «point de rupture» d’une société dans laquelle l’impuissance à surmonter les crises «est devenue structurelle»«Le politique est devenu spectateur.»«On est devenu spectateur de la CGT, de la crise énergétique, de l’imam qui devant les policiers s’enfuit du pays au nez et à la barbe du ministre de l’Intérieur», liste-t-il. Le ton se veut calme ; la critique aiguisée. «Le sentiment qu’on a, c’est que le roi danse mais qu’il n’a plus de prise sur le cours du pays et sur l’évolution du destin de la France», lâche-t-il, «étape après étape, on entre un peu plus dans la soumission, dans la démission et dans l’impuissance».

Pour ce normalien agrégé d’histoire, cette ambiance serait «très comparable à celle qui a marqué l’effondrement de la IVe République» et rappellerait «les questions que se posait le général de Gaulle». Suivez son regard et son ambition… Il ne s’en cache pas. «Il va falloir être très déterminé sur les solutions, avoir une vraie hauteur de vue, et les Français auront besoin de politiques dotés d’une grande compétence et d’une grande capacité d’écoute», décrit-il. Faudra-t-il un changement de Constitution ou des modifications dans celle de 1958? Il se laisse le temps de la réflexion avant de répondre, d’ici à quelques mois.

Quand on veut s’occuper de tout, on ne s’occupe de rien. Le politique n’arrive plus à comprendre la réalité du pays

Laurent Wauquiez

Celui qui aimerait s’imposer comme le candidat naturel à droite pour 2027 et parvenir à «remettre le pays dans la bonne direction» a d’ores et déjà identifié trois «nœuds gordiens» à partir desquels selon lui tout découlerait: la surpuissance de l’administration, «l’État profond qui a pris le pouvoir sur le politique» ; le rôle des juges qui «écartent la loi et arrivent à corseter l’expression du suffrage universel»«Le politique est devenu un Gulliver enchaîné», assène Laurent Wauquiez. Enfin, troisième source de blocage, estime-t-il, l’absence de vision politique de ceux qui gouvernent. «Le politique s’occupe de toute une série de détails microscopiques, tous plus anecdotiques les uns que les autres, qui vont du col roulé aux chèques divers et variés qu’on fait aux Français en urgence», regrette Laurent Wauquiez, dénonçant l’absence d’anticipation face aux crises qui s’accumulent.

«Quand on veut s’occuper de tout, on ne s’occupe de rien. Le politique n’arrive plus à comprendre la réalité du pays, il n’arrive plus à trancher ni à changer le cours des choses, on l’a vu pour l’essence ou l’affaire du Stade de France», critique Laurent Wauquiez. Manière de viser, sans les citer, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, ses anciens amis LR qui comptent bien eux aussi figurer sur la ligne de départ en 2027 et s’adresser, entre autres, aux électeurs de droite. «Les Français ont besoin d’une vision, qu’on leur explique ce qu’il y a de l’autre côté de la colline, comment on peut y arriver», avance Laurent Wauquiez, convaincu que «ce sursaut est possible» et qu’il sera en mesure de «trouver un chemin pour proposer une vision de la France». Sera-t-il l’élu? Réussira-t-il à rencontrer les Français?

Réinvestir la question des services publics

Laurent Wauquiez le sait, après plusieurs défaites à la présidentielle et un groupe LR sans cesse divisé par deux à l’Assemblée, «la droite doit se remettre en question profondément». Lui inclus. Raison pour laquelle il a décidé de «faire des longues phases d’immersion» dans la vie des Français. Il a commencé vendredi dernier dans le lycée Jacques Brel, quartier des Minguettes à Vénissieux. Un lycée classé prioritaire dans lequel Jean Castex, alors premier ministre, s’était déjà rendu il y a un an. Il a prévu aussi de se rendre dans un service d’urgence hospitalier pour mesurer l’effondrement du système de santé. «J’ai besoin de réfléchir, j’ai besoin de prendre de la distance avec l’actualité quotidienne, le buzz permanent, le combat de rue, d’échanger avec les Français pour pouvoir proposer cette vision qui nous manque et comprendre ce qui est en train de se jouer», confie Laurent Wauquiez.

Il se dit persuadé que la droite doit réinvestir la question des services publics, en changeant de paradigme. «Aujourd’hui, il ne s’agit pas de promettre du sang et des larmes, mais de se battre pour avoir des services publics qui fonctionnent, ce n’est plus le cas», signale-t-il. Face à une France divisée, seule «la notion du mérite peut réconcilier tous les Français»«Elle n’a jamais été autant d’actualité. Pour qu’une République soit juste, elle doit se reconstruire sur la reconnaissance du travail et du mérite pour que celui qui travaille soit celui qui gagne à la fin du mois. C’est une question de protection de notre système social», développe-t-il. «Il est devenu injuste, car il ne reconnaît plus celui qui se donne du mal et fait des efforts», relève le président de région. Il le répète, il le martèle même, «il veut prendre le temps» pour être prêt. Le président de région sait qu’il devra aussi parvenir à entraîner l’adhésion, construire un collectif, rassembler sans se renier.

Pourquoi ce soutien à Éric Ciotti?

Début décembre, l’ex-président de LR, qui a toujours gardé sa carte aux Républicains, participera au scrutin interne. «Je ne cache pas mon choix, je voterai avec conviction pour Éric Ciotti» confirme Laurent Wauquiez tout en disant «avoir beaucoup d’estime pour les différents candidats». En particulier Bruno Retailleau qu’il a pris soin de prévenir avant d’annoncer son choix. «Il a fait un très gros travail comme président de groupe au Sénat», reconnaît-il, alors que quelques «wauquizistes» ont décidé de parrainer le sénateur. «Éric est un ami. On a beaucoup de combats communs, on a souvent défendu les mêmes choses», explicite Laurent Wauquiez pour justifier son choix « et je sais qu’il a ce lien avec les militants qui est pour moi la première condition pour être président du parti». Le soutien est appuyé pour le candidat LR qui ne cesse de marteler que Laurent Wauquiez est «le candidat naturel» des Républicains pour la prochaine présidentielle. «Ensuite, c’est un élu qui a du courage, de la clarté sur des sujets difficiles comme la sécurité et l’immigration. Le drame de l’affaire Lola montre que ce sont des sujets majeurs pour l’avenir du pays», affirme l’ex-président de LR.

Laurent Wauquiez le sait, si Éric Ciotti fait figure de favori, certains élus LR brandissent déjà, en cas de victoire du député des Alpes-Maritimes, la menace de leur départ avec pour conséquence l’éclatement d’un parti déjà affaibli. «Moi qui connais bien Éric, c’est quelqu’un de très intelligent, beaucoup plus subtil que les caricatures qui sont faites de lui», rebondit Laurent Wauquiez. «Je suis convaincu qu’il saura rassembler les sensibilités diverses de notre famille politique», poursuit-il. «C’est le président dont notre famille politique va avoir besoin. Il a toute ma confiance», énonce-t-il sans ambiguïté. À Éric Ciotti le parti, à Laurent Wauquiez l’après? Début de réponse début décembre avec l’élection du président des Républicains.

 

 

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