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CONTRE-POINT – Gérald Darmanin parle de «peste brune», Christophe Castaner fait le lien entre les casseurs et le Rassemblement national… Le décalage avec la réalité trahit le calcul politique.

Qui n’a pas été choqué par la violence sur les Champs-Élysées? Faut-il pour autant reconnaître des chemises brunes sous les «gilets jaunes»? «La peste brune», selon Gérald Darmanin s’appliquant à filer la métaphore des années 1930 chère à son patron. Au moment où le chef de l’État entend montrer sa capacité d’écoute d’un mouvement qui le défie, il est trop facile et contre-productif d’en faire le prétexte d’un combat politique.

Les «gilets jaunes» ont au moins gagné quelque chose. Le gouvernement ne les assimile plus en bloc à des opposants bornés – poujadistes ou populistes, au choix – et dangereux. Toutes les figures de la majorité ont pris soin ce week-end de distinguer les manifestants sincères et les casseurs. Les premiers seront désormais considérés avec bienveillance ; c’est un tournant heureux. Les seconds ne doivent s’attendre à aucune indulgence.

Émissaires et boucs émissaires

Mais par la voix de Christophe Castaner, les macronistes s’appuient sur cette distinction pour opérer une nouvelle identification: entre les casseurs et le Rassemblement national puisque, dixit le ministre de l’Intérieur, c’est «à l’appel de Marine Le Pen» que des «séditieux» ont déferlé sur les Champs-Élysées. Comme si le 24 novembre 2018 n’était qu’une réédition du 6 février 1934. Toujours les années 1930. Il faut bien enfoncer le clou pour faire de Macron l’unique rempart à une répétition des «heures les plus sombres de notre histoire».

Le décalage avec la réalité trahit le calcul politique. Samedi soir, ce sont en effet les black blocs, c’est-à-dire la mouvance gauchiste violente, qui se sont publiquement réjouis des débordements. Quant aux portraits de Che Guevara et aux slogans contre «l’État, les flics et les fachos», ils figurent rarement dans la panoplie des militants lepénistes.

Ce ciblage délibéré de son opposante de 2017 peut se retourner contre Emmanuel Macron. Car en lui attribuant la responsabilité des débordements, c’est lui qui politise l’événement

Curieusement, les macronistes s’en sont nettement moins pris cette fois aux mélenchonistes alors que le patron de La France insoumise a plus encore appelé les siens à descendre dans la rue et s’en est pris plus vertement encore au pouvoir en place. Comme si les Marcheurs se choisissaient leur adversaire privilégié. Ce fut longtemps Mélenchon ; à l’approche des européennes, c’est désormais Marine Le Pen. De fait, la dénonciation de la patronne du Rassemblement national colle bien, trop bien, à la stratégie macroniste en vue de ce scrutin.

Ce ciblage délibéré de son opposante de 2017 peut se retourner contre Emmanuel Macron. Car en lui attribuant la responsabilité des débordements, c’est lui qui politise l’événement. Difficile ensuite de dénoncer la récupération par les partis. Et surtout, politiser, c’est attiser le débat, c’est entretenir ou générer du clivage au moment où le chef de l’État ne peut reprendre la main qu’en jouant la carte de l’apaisement et de la compréhension de la colère sociale. Face aux «gilets jaunes», Macron a plus intérêt à trouver des émissaires qu’à désigner des boucs émissaires.


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Guillaume Tabard

  Journaliste

Source :© Guillaume Tabard : «‘‘Gilets jaunes” et chemises brunes, un raccourci trop facile»

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