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Des soldats français au Burkina Faso, en avril 2021, dans le cadre de l’opération Barkhane, qui vient de prendre fin au Sahel. Fred Marie / Hans Lucas via Reuters Connect
DÉCRYPTAGE – Confrontée à des manifestations hostiles, la France se propose de revoir tout son dispositif sur le continent.
Source: ©En Afrique, l’avenir des bases militaires françaises en discussion

DÉCRYPTAGE – Confrontée à des manifestations hostiles, la France se propose de revoir tout son dispositif sur le continent.

La question de la présence militaire française en Afrique n’est pas taboue. Après la fin symbolique de l’opération Barkhane au Sahel, la France est prête à revoir son dispositif intégralement, quitte à fermer certains de ses précieux points d’appui, confirme-t-on au sein de l’armée. L’avenir de ces bases est sur la table si les États africains le décident.

Outre des emprises au Niger, au Tchad et au Burkina Faso, ouvertes pour conduire des opérations extérieures antiterroristes, l’armée française est installée dans quatre autres pays: la Côte d’Ivoire (environ 900 soldats), le Sénégal (environ 350 soldats), le Gabon (environ 350 soldats) et Djibouti (environ 1 500 soldats). Ces bases forment un maillage essentiel à la préservation des intérêts de la France et de ses ressortissants. S’en priver risque de contraindre fortement les capacités d’intervention française, notamment en cas d’évacuation sanitaire.

Le bilan paradoxal de Barkhane, revendiquant des succès militaires mais constatant un échec politique, a achevé de convaincre Emmanuel Macron. Lors de son discours à Toulon sur la revue nationale stratégique, le 9 novembre, le chef de l’État a annoncé «une phase d’échanges avec nos partenaires africains, nos alliés et les organisations régionales pour faire évoluer ensemble le statut, le format et les missions des actuelles bases militaires françaises au Sahel et en Afrique de l’Ouest».

La France veut sortir d’une logique rigide qui repose sur des effectifs prépositionnés. Pour maintenir sa présence, elle propose des partenariats qui reposeraient sur des souhaits exprimés clairement. L’armée pourra jouer un rôle de formation, de conseil ou d’accompagnement pour ceux qui le demanderont.

L’armée doit s’adapter

Le débat sur la fermeture des bases n’est pas totalement nouveau. Auparavant, il était mû par un souci d’économies budgétaires. Depuis plusieurs mois, l’état-major s’inquiète de voir ces camps se transformer en cibles en cas de recrudescence du sentiment antifrançais. Une poussée de fièvre est constamment à craindre, alimentée par des manipulations venues de Russie, de Chine ou de Turquie. La Russie, via les mercenaires du groupe Wagner, est en embuscade au Burkina Faso comme au Tchad, selon une source militaire. Il est difficile cependant d’estimer la menace tant les efforts du groupe militaire sont contrariés par les revers de Moscou en Ukraine. Quoi qu’il en soit, l’armée veut éviter de se retrouver devant le fait accompli et un départ forcé.

Au sein de l’état-major, on craint aussi le mouvement de foule qui échappe à tout contrôle. Samedi, des manifestations hostiles se sont tenues devant l’ambassade de France à Ouagadougou puis devant le camp de Kamboinsin, qui abrite les soldats des forces spéciales de la task force Sabre. Dimanche, dans un entretien au JDD, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a évoqué l’hypothèse d’un départ de Sabre. À Paris, personne ne croit à la pérennité de la junte qui a pris le pouvoir à Ouagadougou. Pour remporter la guerre d’influence qui se joue en Afrique, l’armée doit s’adapter. «La “reconquête des cœurs et des esprits” (en Afrique) passe par un effort interministériel coordonné, mais aussi sans doute par une moindre visibilité des armées», a convenu le chef d’état-major des armées, le général Burkhard, lors d’une audition au Sénat, en octobre.

Relations entre la France et Djibouti au plus bas

«Des actions doivent pouvoir être menées pour renforcer l’acceptabilité sociale des forces de présence françaises en Afrique», écrivaient les chercheurs de l’Ifri Elie Tenenbaum et Laurent Bansept dans leur rapport «Après Barkhane», paru en mai, nourri de leurs conversations avec l’état-major. Ils conseillaient l’«européanisation» de la présence militaire, la «discrétion» des bases et leur «ouverture» sur la société civile. Au Niger, la France a ainsi choisi de s’insérer dans les opérations militaires nationales. La coopération avec Niamey est maintenant jugée exemplaire par Paris. Au Tchad, le commandement a multiplié les invitations extérieures pour faire visiter la base à des journalistes locaux ou à des parlementaires. On est même allé jusqu’à retrouver le fils de l’adjudant Kossei, qui a donné son nom au camp français!

Djibouti, sur la corne de l’Afrique, ne semble pas concerné par les discussions sur l’avenir des bases françaises. Mais le point d’appui est lui aussi sur la sellette. Les relations entre la France et son ancienne colonie sont au plus bas alors que l’accord de défense liant les deux pays doit être revu en 2023. Le chef de l’État, Ismaïl Omar Guelleh, est furieux de l’enquête en cours en France sur les «biens mal acquis» qui met en cause sa fille. D’autres grandes puissances implantées à Djibouti, comme la Chine, se verraient bien jouer un rôle croissant dans ce pays aussi petit que stratégique, sur le détroit de Bab el-Mandeb. À l’heure où la France diminue sa présence, sous la contrainte, d’autres ne rêvent que de se renforcer.

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